Terre, une invitation au voyage

Voyage chez les Bishnoïs, un peuple porteur d’espoir

Hugo Blondel
Voyage chez les Bishnoïs, un peuple porteur d’espoir

Photographe et reporter, Franck Vogel est un ami des Bishnoïs, peuple du Rajasthan considéré comme les premiers écologistes du monde. Il accompagnera en 2024 un groupe de voyageurs Terres d’Aventure à leur rencontre. Interview.

Il y a 10 ans, vous avez reçu le Prix Terre Sauvage au Festival Objectif Aventure pour votre film "Rajasthan, l'âme d'un prophète". Comment a évolué la vie de la communauté depuis sa mise en lumière par votre travail ?

Khamu Ram Bishnoi, un des protagonistes qui se bat contre la pollution des sacs plastiques, a vu sa communauté s'agrandir de nombreuses personnes qui l'aident dans sa lutte, y compris hors de la communauté bishnoï. En tant que personnalité connue, il est invité à de nombreux événements, durant lesquels il demande la non-utilisation de plastique. Pour cela il met à disposition des jarres en cuivre pour boire, par exemple. Khamu Ram sera bientôt en retraite et pourra s'impliquer dans sa lutte à 100%. De son côté Rana Ram Bishnoï, le planteur d'arbres, est assez vieux aujourd'hui, mais il poursuit aussi son combat.

Chaque année les Bishnoïs doivent planter un arbre et lui fournir l'eau nécessaire à sa croissance ©Franck Vogel

Justement, pouvez-vous nous rappeler en quelques mots qui sont les Bishnoïs et quels sont leurs combats ?

C'est un groupe d'environ 1 million de personnes qui vit dans le désert du Thar, au Rajasthan. Leur philosophie est née au XVe siècle, lors d'une période de sécheresse qui a duré 10 ans. C'était catastrophique, les gens mourraient de faim, ils pensaient que les dieux les avaient abandonnés. La plupart d'entre eux en étaient rendus à tuer tous les animaux pour survivre, à couper les arbres pour gagner un peu d'argent. C'est là que Jambheshwar Bhagavan est arrivé, comme un prophète avec sa vision, en disant : "si vous continuez à vivre comme ça, d'ici quelques mois vous allez mourir ou devoir quitter vos terres." Il a édicté 29 règles à suivre en promettant que les Bishnoïs pourraient continuer à vivre sur leurs terres. La philosophie bishnoï est basée sur l'entraide et le partage. Elle part du principe que l'homme n'est pas supérieur à ce qui l'entoure, qu'il faut une harmonie entre les hommes, les animaux et la végétation. Une des règles principales, c'est de ne pas manger de viande, d'être prêt à mourir s'il le faut pour sauver les animaux sauvages. Jambheshwar a créé une écotaxe : un Bishnoï doit donner 10% de ce qu'il produit à la nature en achetant des graines, par exemple pour nourrir les animaux dans les périodes difficiles. Chacun doit aussi planter au moins un arbre par an et ne pas en couper. Le temps qu'il soit autonome, les Bishnoïs partagent leur eau avec lui. Le prophète a aussi formulé des règles liées aux femmes en créant un congé maternité de 30 jours pendant lequel la femme ne s'occupe que de l'enfant et un congé menstruel pendant lequel les femmes doivent se reposer (dès 1485 !). Dans une culture où elles sont considérées comme impures, c'est révolutionnaire.

Suite aux premières éditions du festival Objectif Aventure, nous avons créé les voyages Objectif Aventure. Vous accompagnerez justement un groupe à la rencontre des Bishnoïs au Rajasthan : Objectif révolution écologique. Quel est le programme ?

C'est une découverte assez complète du Rajasthan, avec la rencontre du peuple Bishnoï comme fil conducteur. On va rencontrer Khamu Ram Bishnoï et Rana Ram Bishnoï. Ce sont des icônes mais avant tout des amis très proches. Au cours du voyage, on va aussi planter des arbres près des villages, avec la population. Notre itinéraire va aussi nous mener à Jodhpur où nous visiterons le fort, et dans d'autres villes comme Jaïpur et Pushkar où nous visiterons des temples jaïns et des lieux importants de l'hindouisme.

Chez les Bishnoïs, il est interdit de tuer des animaux, au contraire, les ressources sont partagées avec la nature ©Franck Vogel

Au cœur du voyage, les voyageurs vont participer au festival de Mukam. En quoi consiste-t-il et quels en sont les moments forts ?

C'est un pèlerinage où se retrouvent environ 400 000 personnes, deux fois par an, pour rendre hommage au prophète Jambheshwar Bhagavan. On y trouve son tombeau, une dune et un petit mausolée avec des feux sacrés autour, où les pèlerins viennent prier. C'est là qu'il a édicté les premières règles, près de la dune. Pour lui rendre hommage, les pèlerins prennent du sable près de la dune et en créent d'autres plus petites, à l'image des monticules qui protègent leurs cultures. Il y a des chants, de la musique, des discours, des débats politiques... Voir cet engouement, c'est très fort ! Kahmu Ram continue d'y prêcher contre le plastique, nous passerons du temps avec lui. Là nous dormirons sous tente chez un Bishnoï pendant 3 nuits.

Quels conseils ou recommandations donneriez-vous aux voyageurs qui souhaitent vous suivre et découvrir le Rajasthan et les Bishnoïs ?

Il ne faut pas avoir peur de la foule, c'est bondé de monde pendant le festival. Pour un voyage comme celui-ci, il faut aussi être ouvert à la découverte d'un nouveau peuple. À mes yeux, ils incarnent ce qu'il faut faire pour s'adapter aux changements climatiques. Ils ont su trouver des solutions au XVe siècle à un changement climatique local et ils continuent à le prouver aujourd'hui, tout en étant très impactés. Ce peuple est un message d'espoir : l'Homme est capable de s'en sortir, même face à des situations extrêmes. Peut-être même que les Nations Unies devraient en faire un exemple mondial, qui sait ? L'éco-anxiété n'a jamais été aussi forte dans le monde. Il faut redonner de l'espoir et je crois que les Bishnoïs ont ce pouvoir-là.

Retrouvez ici tous nos voyages Objectif Aventure et le programme de ce voyage en cliquant ici.


Deux fois par an les Bishnoïs se réunissent au pèlerinage de Mukam pour célébrer leur prophète ©Franck Vogel

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